Pourquoi Punchline, la nouvelle copine du Joker, est une réponse immature de DC à l’émancipation de Harley Quinn

Depuis son apparition dans l’arc Batman de James Tynion IV, Punchline rencontre un fort succès auprès des fans de DC et plus particulièrement ceux du Joker. Froide, redoutable et silencieuse, Punchline est la nouvelle comparse du Joker, dans le crime comme dans l’intimité. S’il est clair que la création du personnage repose sur une volonté de « remplacer » Harley Quinn, la démarche est immature.

Depuis que Harley Quinn jouit d’une émancipation bien méritée, les fans du Joker l’avaient mauvaise. Harley la naïve, Harley la soumise, a mis les voiles laissant le Clown Prince du Crime bien seul. La voir se pavaner en solitaire, dans Birds of Prey ou bien au récemment au sein de la Justice League, a laissé un goût amer à plus d’un lecteur. Et, comprenez-moi bien, il s’agit moins de la déception de voir Harley Quinn franchir la barrière et passer du côté des « héros » que du sentiment de s’être fait méchamment plaquer par procuration.

Si Harley Quinn avait fini par faire son trou dans le cercle d’acceptation des lecteurs les plus conservateurs, c’était notamment en raison de sa séduisante nonchalance et de son indiscutable dévotion au Joker. Un lien de subordination malsain instauré dès l’intégration du personnage dans la série animée Batman en 1992 et largement dépeint dès lors sur les différents medium. Si Suicide Squad est loin d’être un film parfait, la retranscription à l’écran de la toxicité relationnelle qui unit les deux personnages était un point fort du film.

Pis encore, depuis l’incarnation de Harley Quinn sous les traits de Margot Robbie et sa totale implication dans le personnage, Harley a désormais pris le chemin de l’émancipation à la fois sur grand écran et également dans les pages des comics. Et plutôt que d’envisager une piste plus créative et réfléchie pour offrir au Joker un tandem à nouveau iconique, DC s’est empressé de créer la « petite amie parfaite », à la manière d’un jeune homme blessé cherchant à remplacer sa précédente conquête par « une meilleure version ».

Voici Punchline

Punchline, illustrée par Guillem March et Tomeu Morey

Punchline est une tueuse hors-pair qui semble prendre un plaisir non-dissimulé à ôter la vie. Un appétit pour le meurtre qui la place d’emblée hors de la catégorie de Harley Quinn, qui s’en tenait souvent à assommer ses adversaires à l’aide de son marteau géant. Punchline, elle, manie les lames et aime porter des coups létaux. Elle est animée par une loyauté bien plus viscérale au Joker : sa soumission à son autorité n’est pas le fruit d’une manipulation psychologique, mais réside dans leur appétence commune pour le crime, le meurtre et le sadisme. Mais attention, cette fois, aucun risque qu’elle ne lui pique la vedette : si le design du personnage est suffisamment plaisant pour laisser à penser que le Joker « n’a pas perdu au change », Punchline est la discrétion incarnée. Elle est silencieuse, n’esquisse qu’un faible sourire après avoir éviscéré un ennemi et s’en tient au plan ; bien loin des extravagances de Harley Quinn et de son rire bruyant. Bref, la petite amie parfaite.

Pourquoi est-ce ridicule et immature ?

Il faut distinguer l’intérêt fictionnel d’intégrer cet archétype anti-Harley et celui pour contenter des lecteurs ayant du mal à digérer l’émancipation de Harley Quinn. Et le pic de ventes qui a suivi l’introduction de Punchline ainsi que les démonstrations viriles d’approbation à son égard sur les réseaux sociaux démontrent bien qu’il s’agit d’une démarche visant à combler une détresse émotionnelle digne des plus vives fragilités adolescentes.

Plus décevant encore, c’est de constater la désert créatif qui justifie l’introduction de Punchline en réponse à l’émancipation de celle que l’on considérait comme l’alliée intouchable du Joker. Il s’agissait d’une rupture intéressante de la dynamique du duo, qu’il convenait peut-être de poursuivre avec des pistes plus originales que la voie qui a été choisie.

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