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Happy Birthday, Man of Steel

Wonder Woman semble destiné à entériner le style du DCEU, comme l’a confirmé Geoff Johns à la Première du film de Patty Jenkins. Après la première Super-Héroïne, c’était le bon moment pour revenir au Premier Super-Héros.

 

Anniversaire Steel-é

Man of Steel a eu 4 ans hier. C’était l’occasion parfaite pour le revoir, 4 ans plus tard, dans son intégralité. La dernière fois, c’était au ciné, et je me souviens que, déjà à l’époque, mon opinion tendait à diverger du reste de mon entourage. Garantie 100% subjectif !

L’Homme d’Assez ?

Et pourtant, il y avait déjà dans les rangs des « Contre » des arguments contradictoires. Quatre ans en arrière, déjà, l’expression Bouillie numérique commençait à phagocyter le langage de tous les spectateurs. On lui a reproché ça. Pour d’autres le problème n’était pas du tout la forme – osée, moderne, enfin intéressante et novatrice pour le mythe de Superman – mais le fond, ignare, incohérent, inconsistant, grossier.

Je crois même que j’ai lu des reproches sur l’un des apports essentiels et les plus crédibles que MoS tente : sa vision de Krypton.

La Krypto Faune

Krypton, en une image.

Une société tellement sur le déclin, à cause de son aristocratie, de la lâcheté des grands, qu’elle refuse même de faire face à la réalité d’un horizon qui prend feu littéralement, annonçant non seulement la fin du régime, d’un système de croyance, mais qui marque également le point final à leur vie décadente. Et tout ça en une quinzaine de minutes, blindées de symbolismes, de messages sur l’eugénisme, d’allusions au messie, de l’impossibilité à venir à prendre sa place dans le monde qui l’attend, alors même qu’il pourra devenir un Dieu et de tension dramatique tenue par un casting de haute volée.

Caméra Coup de Poing

D’entrée de jeu, le film est mis en scène caméra à l’épaule, au plus proche des protagonistes (l’ouverture du film est un gros plan sur le visage de Lara-El, enfantant). Au plus proche du conflit, comme un documentaire tournée en pleine guerre. Ce qui est le cas. Une guerre idéologique, de caste. Les éléments volants sont filmés, comme le sera plus tard l’Homme d’Acier, en plans lointains, troublé, peu stables, avec des crash-zooms bondissants, comme le ferait n’importe qui apercevant, dans le ciel un OVNI. C’est de ça dont il s’agit, la découverte perturbée, nerveuse et empressée d’un monde inconnu, avec ses règles propres. C’est la mise en image quasi-littérale de ce cliché ultra-connu « Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c’est Superman ».

Mais comment fait-il ?

S’ensuivent quelques scènes d’expositions sur la fuite de Clark Kent, Super-Hobo immortel et taiseux qui ne peut s’empêcher de voler à la rescousse de ceux qu’il croise. Il pêche puis sauve les membres d’une plateforme pétrolière en feu. A mains nues, il empêche la moitié de la structure de s’effondrer juste assez pour que tout le monde s’échappe.

Puis, flashback sur un jeune Clark Kent qui découvre sa vision aux Rayons-X et son incroyable ouïe. Quand on lui demande de décrire son problème, l’enfant, apeuré, qui vient de blesser son institutrice par accident, répond « Le monde est trop grand, maman ». Ce monde, que Martha « C’est ma mère » Kent – puisque toujours personne ne semble pouvoir digérer ça – lui conseille de rapetisser est une promesse. Lui qui pourra en faire le tour en une seconde. Qui pourra le porter d’une main dans les ténèbres de l’espace. Et, toute la problématique culpabilisante que met en avant Jonathan Kent, qui pourrait être détruit parce qu’il pourrait le détruire.

Au Nom des Pères

C’est précisément ce père qui se sacrifiera, dans l’une des scènes les plus pathos et les moins bien pensées de l’histoire du film de super-héros, afin de conserver le secret du fils. Et au passage sa vie.

Il y a cette opposition assez dingue tout au long du film, bien plus que n’importe où ailleurs dans la mythologie de Supes, entre le père biologique, qui espère le meilleur pour son fils, parce que le pire est déjà en chemin pour eux et le père d’adoption, qui veut éviter le pire, parce qu’il pense que le monde doit d’abord trouver le meilleur au fond de lui-même. Au final le père qui semble plus pessimiste revêt la tenue de l’espoir, et l’optimiste revêt celle de la peur.

De manière générale, Man Of Steel n’a pas offert ce à quoi les gens s’attendaient d’un film Superman. L’imagerie froide, le ton quasi-désespéré, les personnages et leurs relations. Ce que tout le monde avait loué chez Nolan et son Batman ne semblant pas pouvoir s’appliquer à quelqu’un d’autre, faut croire. Alors que, sans cesse, on rappelle que Kal-El est l’espoir, le fruit d’une conviction, un enfant de l’amour au milieu d’un champ d’embryons en tubes. Même son symbole signifie espoir.

Ils profitent d’ailleurs de sa première réelle interaction non-parentale – avec Lois Lane – pour annoncer tout le film et toute la moelle de la narration. Dans un vaisseau Kryptonien, dont lui seul a la clé, contenant tous ses secrets, programmé pour répondre à toutes ses questions, la reporter se fait attaquer par des armes créées par ses semblables.

Un Grand Pouvoir, etc.

En intervenant, il la sauve de lui-même. Pour elle comme pour la Terre, il est à la fois une malédiction et un sauveur. Répondait ainsi aux attentes et aux valeurs de Jonathan tout comme à celles de Jor-El.

Comme Zod le dit clairement « L’arme de notre damnation est devenu l’outil de notre salut ». Voilà qui résume bien une grande partie des thématiques du film. Le double-emploi, la lutte contre les apparences et la capacité de contourner la difficulté.

C’est d’ailleurs dès le moment où il embrasse la tenue de El que Clark Kent, trouve le chemin de ses deux mondes. Soutenu par la voix-off rassurante et pédagogue du Père. Tout ce qui était sombre s’envole. Son thème musical décolle. Et lui affiche pour la première fois du film un sourire franc. La route métaphysique qu’il empruntait jusqu’à présent arrive enfin au croisement de son futur.

A partir de là, le rythme change, les flashbacks se font plus rares, et ceux qui interviennent agissent en symétrie de ce qui se déroule dans la temporalité première du film. Et c’est le festival de Destruction Porn.

Total Demise is coming !

Impliquent De Grands Moyens !

Oui, parce qu’évidemment, Zack Snyder a un sens de l’image baroque. Ajoutez à ça Zimmer, qui fait sa feignasse et les mecs à l’ambiance sonore, Man of Steel en fait trop. Ce n’est plus de la profusion mais simplement de la confusion.

Les bruitages, l’habillage, tout est très dense, et transpire l’organique, le vivant. Mais additionnés à la musique gueularde et un peu trop « POIMPOIN » cela rend nécessaire la prise de Doliprane. L’avantage, c’est que vous allez devenir des champions de l’apnée, parce que ça dure une foutue demi-heure.

Pendant une demi-heure, Superman prend ses responsabilités, affronte des adversaires mieux formés, dangereux, au sens moral douteux, génétiquement programmé pour protéger Krypton et assurer la survie de l’espèce. Oui, parce que si ce n’était pas clair, c’est le cas. On parle bien de programmation, une vision technocratique de la destinée. Les deux personnages ont finalement des buts très proches, mais des méthodes radicalement différentes, et c’est la faute de rien de moins que l’obsession du contrôle génétique de tout un pan de la culture Kryptonienne. Zod allant même jusqu’à, ben, je sais pas, éliminer la dernière trace du dernier Krytponien qui cherchait à sauver Krypton ?

Oui.

Que dire de plus ?

L’excès ? Nous parlons ici d’hommes et de femmes capables de se noyer dans le soleil et d’en revenir sous forme d’énergie pure. La destruction d’une ville semble faire partie du contrat pour n’importe qui comprend ça. Le souci est ailleurs. Il vient du manque de mise en perspective de toute cette destruction. Parce que tout va trop vite, à plusieurs reprises, plutôt que de tendre la situation, Snyder la banalise, en fait une musique de fond, sans recul.

Mais au moins, dans son approche, malgré le Grand CGI Bullshit Finale Snyder oppose à Kal-El un être de chair aux mêmes forces et faiblesses. In fine c’est au corps-à-corps, au plus près l’un de l’autre que se termine le combat, Clark devant briser la nuque de Zod.

L’Homme d’Acier, une fois sa victoire durement acquise, reprend sa route. Un court échange à « 12 millions de dollars » l’amène à préciser que c’est lui qui décidera des termes de l’accord tacite qui le lie à la protection de la Terre.

Encore une fois, le message est positif, sans être niais ou infantilisant. Il s’agit de confiance. Il a à cœur les intérêts du monde parce qu’avant tout, c’est le sien. Là où partout ailleurs, Lois Lane rencontrait Clark Kent, puis Superman, Man of Steel joue le contrepoint jusque-là. D’abord leur relation existe par cet étranger qui sait faire des choses « que peu savent faire ». Elle est installée, instaurée par une curiosité presque scientifique et sociologique, et non de l’idolâtrie, puis se cimente dans une confiance mutuelle. C’est alors qu’il peut enfin joindre ses deux identités, embrasser ses deux mondes, vivre ses deux vies.

Quel tombeur ce Clark !

Conclusion :

Est-ce que Man of Steel est fun ?

Oh, oui, bordel, ça l’est. Est-ce que c’est fidèle ? Pour les trois du fond qui pensent que Superman c’est l’esthétique de Richard Donner et ou celle de Lois & Clark, les nouvelles aventures de Superman, ben les gars, fallait pas cracher sur le Superman Returns ultra nostalgique de Singer. Il fallait embrasser cette vision doucement kitsch, pur jus de fan, déclaration d’amour sous forme de reboot à peine voilé.

Non, il faut se mettre dans la tête que Superman est une brute. Il y a des comics où il détruit la moitié de Metropolis. Dans certains autres, il va même jusqu’à éclater une planète d’un coup de poing.

Il faut remettre en contexte. Superman affronte des types comme Zod, Darkseid ou Lobo. Il doit défaire Brainiac. Il se confronte à des Dieux. A des mages Atlantes.

Est-ce que le film en fait trop ?

Oui, parce qu’il est si maladroit et colle tant à ses quelques personnages principaux, qu’il oublie qu’il y a un univers complet derrière avec d’autres êtres vivants, sentients, pensants qui existent, que l’impact global de ce massacre c’est pas juste des immeubles ruinés, des bagnoles retournées, des camions explosés. C’est aussi de la faune détruite, de la flore perdue, des gens écrasés, brûlés, des familles anéanties.

En mettant la foule plus en avant que par simplement des silhouettes et Pete Ross, la force des pertes aurait pu être décuplée. Néanmoins, sur un film de 2h20 déjà bien rempli, le défi aurait été compliqué à relever.

Est-ce que le film est si mauvais que ce qu’on veut bien vous faire croire?

Absolument pas. Man of Steel, pour tout imparfait qu’il soit est une portion de pop-corn sucré-salé. Une expérience étrange mais riche, qui ne donne rien aussi gratuitement qu’il n’y paraît, ou alors par pure maladresse. Qu’il vous semble être respectueux du matériau de base ou non rentre finalement peu en compte. Une adaptation ne doit pas être un copier/coller. Tout comme tous les auteurs ayant travaillé sur les comics n’ont pas la même vision du personnage, voici une vision originale, et hautement risquée, qui tente d’inscrire ses propres codes, d’inventer une partie de sa propre mythologie.

C’est en fait, à l’image de son personnage principal, un enfant balbutiant, qui prend ses marques.

Et en cela, le film de Snyder est un beau bébé.

Difficile à accoucher, il ressemble un peu trop à sa mère (Chris Nolan, en l’occurrence, avec David S. Goyer pour la GPA) mais ne peut s’empêcher d’imiter son père (Zack Snyder).

Gras, joufflu, gourmand, et bien moins plaintif qu’il n’y paraît.

Puisque, derrière le ton un peu moins envolé, sans cesse, on nous le rappelle : Il y a de l’espoir. Nous avons des intérêts communs. Et nous devons nous faire confiance.

Résultat. Man of Steel : 1 / Les Haters : 0

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