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Le problème des vilains du MCU

Le problème des vilains du MCU

Souvent le Marvel Cinematic Universe a été accusé de donner toute la caractérisation aux héros. Même les fans l’avouent facilement, on oublie vite beaucoup de vilains car ils manquent grandement de personnalité : Ronan, Yellowjacket, Malekith… Bien sûr, étant donné l’immensité du projet, on compte quelques exceptions. Je pense par exemple à Loki. Alors, les réalisateurs Marvel ont-ils conscience du problème et comptent-t-ils le régler ?

 

Dans un article récent, io9 décrypte une interview qu’ils ont eu avec Kevin Feige, le directeur de Marvel Studios, sur le tournage de film Guardians of The Galaxy Vol.2. Ils ont pu soulever ce problème, et le producteur a été ouvert et très clair sur la question.

“Tout commence toujours avec ce qui servira le mieux l’histoire et son héros. Une grosse critique qui nous ait faite est que l’on se focalise plus sur le héros que sur le vilain, et je pense que c’est probablement vrai.”

Non seulement Marvel a conscience de tout cela, mais compte également continuer sur cette voie. Kevin Feige en a profité pour utiliser des exemples.

“Ronan est génial, Lee Pace a fait un super boulot, il sert très bien le personnage, mais il était très certainement là pour aller contre nos héros et leur donner une raison de se réunir. Loki, un très bon personnage, sert Thor de beaucoup de manières. Zemo sert le conflit entre Cap et Iron Man dans Civil War.”

 

Ronan

Les vilains servent l’histoire et son héros plutôt que de se démarquer par leur propre moyens.

“Taserface et Ayesha ont des ambitions moins grandioses que celles de Ronan, par exemple. Ayesha veut juste les tuer parce qu’elle les méprise, et Taserface veut diriger les Ravageurs et pense que Yondu s’est laissé aller.”

Ce principe est utilisé depuis le début et le sera aussi avec Ayesha et Taserface dans Guardians of The Galaxy Vol.2. On comprend donc qu’il s’agit d’un choix scénaristique plutôt que d’un problème.

“En 2008, deux films de super-héros sont sortis : Iron Man et The Dark Knight. L’un se focalisait sur le vilain, l’autre sur le héros. Chez Marvel, nous les avons regardé en pensant ‘Ouais, on se focalise sur le héros. Ça nous dérange pas. C’est ce qu’on aime.'”

Je ne veux pas tomber dans le piège de comparer les deux maisons sur tous les points, ce n’est pas le but. Elles font des choses bien différentes et elles le font bien. Seulement, ces deux films montrent que certains choix s’imposent lorsque l’on s’attaque aux films de super-héros. The Dark Knight présentait une analyse poussée du vilain de l’histoire : son but, sa manière de fonctionner, son impact sur le héros… Iron Man était le premier film d’une longue série où le vilain serait juste une “excuse” pour mettre le héros en avant. Une prise de parti pour servir l’histoire.

Ce pattern s’applique également avec les dernières sorties : Batman vs. Superman est sorti quasiment en même temps que Captain America : Civil War. Là où le premier présentait le plan et les motivations complexes d’un vilain imprévisible, Lex Luthor, le deuxième choisissait de faire de son vilain, Zemo, un prétexte pour organiser un battle royale dans un aéroport entre tous les héros du MCU.

Zemo

Ne vous y trompez pas : Zemo était un très bon antagoniste. Il représente juste ce choix qu’a fait Marvel depuis le début. Il est la preuve que ce choix continue de fonctionner mais il marque aussi un début d’évolution concernant le traitement des vilains dans le MCU. Là où Zemo se démarque, c’est qu’il est plus tragique et plus intéressant que ses prédécesseurs. Plus pertinent finalement. Il reste classique mais apporte un début de nouveauté, car même si aucun film du MCU n’est réellement mauvais, certains pourraient se ranger à un niveau de qualité supérieure si le vilain était plus qu’un personnage servant à activer/prouver l’héroïsme du personnage principal. Pour preuve, si l’on aime tant Loki, c’est parce qu’on le comprend.

Marvel utilise cette formule depuis longtemps. Si elle marche encore, c’est parce que les réalisateurs trouvent un moyen de l’appliquer d’une manière légèrement différente à chaque fois. Pour l’instant, le MCU comptent une vingtaine de films. À terme, cette formule risque de s’essouffler et il faudra aménager les scénarios de façon différente. En fait, ce problème ne rend pas les films du MCU moins bien, il les empêche d’être meilleur.

Cela peut soulever quelques inquiétudes pour la suite : après des années de teasing, il serait dommage que la seule utilité de Thanos soit de rassembler tous les personnages du MCU seulement pour qu’ils tapent ensemble sur un ennemi commun. Il a besoin de profondeur et il la mérite. Kevin Feige se veut rassurant à ce propos.

“Dans un film [Avengers : Infinity War] avec beaucoup de personnages, on peut aller jusqu’à dire que Thanos est le personnage principal. C’est décalé par rapport à ce que nous avons fait auparavant, mais c’est approprié pour un film intitulé Infinity War.”

On peut donc espérer que ce décalage s’applique à d’autres films dans le futur. Le MCU manque de méchants complexes et impitoyables. Il devient nécessaire d’explorer la personnalité des antagonistes et de leur donner plus de profondeur, à la manière de Kingpin et Kilgrave dans les séries Netflix. Mais gardons en tête que Marvel racontera toujours des histoires de super-héros. C’est ce que Marvel fait car c’est ce que Marvel fait de mieux.

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Bat-rédacteur.