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[The LEGO Batman Movie] De Briques et de Rock ?

[The LEGO Batman Movie] De Briques et de Rock ?

Pour ses 78 ans (et le film vous le répétera bien assez) LEGO Batman et son alter-lego Bruce Wayne – car il s’agit bien de ça (et le film vous le répétera bien assez) –prennent un billet retour vers le foutraque bienheureux et hyperactif de l’enfance.
Sortie plus tôt que prévu The LEGO Batman Movie fait-il suite honorable ou bien spin-off piteux ?

 

AVANT-PROPOS : J’ai à plusieurs reprises essayé de formuler ça de manière à vous choper l’œil et l’attention. Finalement, je pense que la Bonne Formule c’est : «Les limites du métalangage se situent à la zone précise où l’œuvre commence à raconter son développement de manière fortuite en transparence de son discours méta ». Ok, j’entends bien que ce ne soit pas limpide. Monte à bord de cette bat-chronique, pour une bat-explication, on est partis pour un bat-tour de bat-ard !

The LEGO Movie 2 : Reloaded…

En 2014, surprise totale, Phil Lord et Chris Miller font jaillir de leurs esprits malades d’enfants (ou d’enfants malades, c’est au choix) THE LEGO MOVIE un titre qui a tout, sur le papier, pour être un pur produit de Studio cynique et commercial.

Alors, on va pas se mentir, THE LEGO MOVIE a été un gros coup marketing et a fait vendre de la brique jaune en masse. Mais la production inattendue pouvait se vanter d’une pléthore de qualités. Son écriture pour commencer. Intelligente, drôle, rythmée et suffisamment équilibrée. Tout pour plaire au public junior, aux AFOLs (Adults Fan Of Lego-s) et aux autres. Tous ceux qu’un sofa à double étage pouvait enchanter. Les enfants prêts à s’émerveiller à l’intérieur de chacun. Au milieu d’une galerie de personnages bigarrés et excitants, on trouvait « Le Spécial ». De fait, le seul être « Normal » de l’histoire – Nous – à travers l’écran, devant se battre pour pérenniser notre sincérité et nos rêves. À l’époque se dressait déjà Batman. Excessif dans ses travers comme ses qualités, The Brick Knight fut certainement une des nombreuses raisons du succès mérité de THE LEGO MOVIE.

The Lego Movie

Y a pas que le cœur de Wyldstyle que Batman a atteint…

Donc, chez  Warner, on s’est dit « Banco » et comme LEGO le fait depuis plusieurs années, on a misé sur les sagas. Le projet de base voulait que ce soit NINJAGO, BA ici, qui fasse suite à THE LEGO MOVIE. Mais autant capitaliser sur la sympathie bankable de ce Batman, doublé par un Will Arnett habité. Ainsi naît, tandis que Papas Miller et Lord sont partis dans une galaxie très lointaine se charger de Han Solo mais pas dans sa version brique, The LEGO Batman Movie.

De L’importance de l’Héritage…

Au milieu des très nombreuses thématiques que la Galaxie Batman a d’intéressantes à aborder, il y a l’Héritage. Avec ce LEGO Batman, la situation est double, puisque le personnage doit assumer son passif DC aussi bien comics que ciné et également les traces encore fraîches de son prédécesseur dans la saga.

Attention, ça va SPOILER quelques éléments.

Dans cet opus, Batman est Badass, Cool, efficace, mais surtout très seul. Il se fait aduler par les Gothamites et il passe le soir devant les orphelinats après ses victoires, où il arrose les gamins de Bat-Cadeaux issus du Merchandising le plus commun.

Et, par un heureux hasard de scénario, via Bruce Wayne, il adoptera Richard – Dick – Grayson (Michael Cera, excellent dans ce rôle), jeune orphelin qui prend à la fois Batman et Bruce Wayne comme modèles.

Il va s’agir pour le personnage de devenir…

Le père qu’il n’a jamais eu !

Ou – dans sa névrose – celui qu’il n’a jamais perçu chez Alfred. Ce qu’il ne va pas manquer d’envoyer dans les dents de son mentor.

Ce Batman-ci est un enfant qui n’a jamais cicatrisé et refuse tout à fait de grandir. Il se complaît dans ce personnage Plus-Grand-Que-Nature, fait de colère et d’ego. Notamment parce qu’on est toujours dans l’univers de The LEGO Movie. Ce qui vous sera régulièrement rappelé par les armes à feu en tout genre, qui sont bruitées à la bouche, façon « Ptchiou-Ptchiou ». On est donc foncièrement dans l’imaginaire de l’enfance et dans le fantasme de ce qu’est Batman, vu par un enfant.

Je vais donc en profiter pour revenir à ma métaphore filée. Tout comme Batman le personnage, Batman, le film, se retrouve sans ses géniteurs et il incombe aux seconds (Alfred, pour le personnage, l’équipe d’animateurs pour le film) de l’élever et de se charger de lui offrir le meilleur. Chris McKay, à la réalisation, est un spécialiste, puisqu’il a officié sur Robot Chicken. L’animation en stop-motion, c’est son rayon, l’humour à tiroirs aussi. Les situations qui dégénèrent dans des proportions effarantes, pareil. Et il était co-directeur sur l’animation de The LEGO Movie. Le sort de The LEGO Batman Movie ne pouvait être autre, avec un tel arbre généalogique.

Sa Brique à l’édifice…

Vous souvenez-vous de l’effet que vous avait fait The LEGO Movie ? Cette animation sèche, ultra-dynamique, ce monde entièrement fait des petites pièces reconnaissables ? Ce rendu étrange qui donnait vraiment l’impression qu’Animal Logic filmait des LEGO en stop-motion ? THE LEGO Batman Movie éclate ce rendu, en le rendant encore plus impressionnant. L’animation est toujours plus dingue, le rendu photo-uncanny-valley-réaliste scotche au siège. Mais là où le film frappe très fort, c’est sur la gestion des lumières. Les reflets, les éclairages, la texture même des lumières parfois. On vient d’atteindre un niveau de maîtrise oufissime, ma gueule.

Téma la perfection !

Même l’assiette s’est faite belle pour l’occasion !

Mais c’est logique, finalement. Si tu veux tourner un film sur un héros nocturne, il faut être sûr que chaque lumière soit impactante. Et ça marche. L’un des adjectifs qui convient le mieux pour décrire le bébé de McKay, ce serait « Pétillant ». Comme vous venez de le comprendre, c’est vrai du travail des lumières, mais c’est tout aussi vrai du reste.

Dans la Saga LEGO qui s’amorce, s’il y a une chose que j’espère continuer à voir, c’est cet enthousiasme quasi forcené à raconter des histoires qui peuvent parler à tous. Avec ce second opus, la marque vient de rajouter à son arc une corde morale d’importance. Ça tient en un adage que je viens d’inventer pour l’occasion.

Ce n’est pas parce que c’est Petit que ça ne peut pas être Grand.

De l’ambition il y en avait déjà dans The LEGO Movie mais ici les règles sont établies, on peut les bousculer. Ainsi, dans sa réalisation, dans ses enjeux, dans son développement, The LEGO Batman Movie fait monter les potards. En proposant notamment des scènes d’actions nerveuses, inventives et montées au cordeau.

Le nerf de la guerre !

Je crois que le reproche que l’on fait le plus à TLBM, c’est son énergie débordante. Le rythme est effectivement tellement tendu (sauf sur le milieu du deuxième acte, qui a un creux un peu informe), haletant, frénétique et parfois pas-loin-d’être-hystérique que tout le monde ne le supportera pas. S’ajoute à la difficulté de ce rythme la densité de ce que l’on nous propose. Le film se torche pas mal avec la politesse et fracasse tout ce qu’il peut. Ainsi, dans son amoncellement titanesque de vannes visuelles et sonores, on trouve mille références à la Galaxie Batman (évidemment), mais aussi au cinéma de la Warner.

Cette énergie, forcément, se disperse un peu. En plus de se moquer de lui-même, il s’en prend à ses prédécesseurs (en les citant visuellement) et il obtient même son badge « FEMALE EMPOWERMENT ». Un personnage féminin plus fort que son Père, plus sensé et sensible que le Batman et aussi capable que lui. Tout cela sans que le film doive le forcer pour que ce soit compréhensible. Voici Barbara « Rosario Dawson » Gordon !

 

Un deuxième visionnage serait nécessaire. Pour les références, toutes les vannes et aussi pour le regarder en 3D. Parce que, bordel, c’est beau. Si tu y vas, t’en prendras plein la tronche, copain. Même en 2D, certains plans semblent vouloir sortir de l’écran, d’autant que McKay joue avec les perspectives et les déformations. Un plan de fuite, entre autres, est mené en Grand Angle, avec une grande profondeur de champ. En résulte des personnages, qui, collés à la caméra sont légèrement déformés, gagnant en dynamisme dans leurs déplacements tandis que la créature qui les poursuit reste visible, accessible, toujours sur le point de les rattraper.

Meilleur dans l’Adversité !

À croire que l’équipe derrière le film avait tellement le trac qu’elle a pris la route la plus rassurante. Celle qui consiste à écrire sur soi.

Ils ont donc puisé dans l’impressionnante Rogue Gallery du personnage (mais pas seulement, allez voir le fim) pour le confronter au paradoxe de ce qu’il est.

lego bat-family

Na-Na-Na-Na-Na-Na-Na-Na-Na-Na-Na Bat-Méchaaaaants !

Le film noie son protagoniste dans un marasme de couleurs et de personnages pour mieux le plonger ensuite dans les eaux troubles de la solitude. Au milieu de sa Batcave, où seul l’écho de sa voix lui répond. Ça prend trois minutes d’écran, peut-être. Il est seul. Tout est très lent. Quasiment immobile. Presque figé comparé à ce que le film nous donne le reste du temps. Ça finit – toujours sur le fil – par un moment de rire avant l’ennui, un souffle avant le soupir. Et ensuite, ça reprend. Mais pendant ces 3 minutes d’establishing shots on comprend tous les rouages grinçants de cette machine à combattre le mal. Et si finalement, il faisait ça juste pour ne pas s’ennuyer ?  Pour détester quelqu’un plus que lui-même ? Et si, finalement, sa leçon c’était ça ; on est toujours meilleurs dans l’adversité, mais pour le comprendre, il faut s’avouer ses faiblesses.

Oppan BATMAN Style !

(Ouais, c’est une vanne, parce que j’ai fait une transition PSY)

Une moitié du scénario aborde donc l’Héritage. L’autre : l’importance de l’Adversité. Le Joker est blessé de ne pas être considéré par sa Nemesis comme un ennemi valable. Leur relation n’aurait donc rien de spécial ? Il n’y aurait rien qui les unit face à l’Univers, rien qui rende leur affrontement inéluctable, à part la propension de Batman à se battre ? « I just like to fight around » lui dit-il, avec cette voix profonde et intense que Will Arnett sait si bien habiller.

J’avais écrit « à se détruire » au lieu de « se battre ». Lapsus d’écriture. Mais il s’agit de ça. Au détour d’une vanne visuelle (le Joker qui pleure de n’être pas important) le ton est grave. Il y a, sous tout cet air léger, enfantin, parfois même ridicule et vain, un début de psychanalyse.

Pour être totalement accomplis, nous avons besoin de trouver notre place dans l’Univers. Connaître nos forces, nos faiblesses. Savoir quels sont nos obstacles. Les accepter avec humilité. Apprendre à les surmonter.

Savoir se situer aussi dans le regard de l’autre, ce regard qui nous met en valeur même quand il nous dévalue. Car il nous éclaire un peu plus sur ce que nous sommes, ce que nous craignons, ce qui nous blesse et nous rend humains.

Mais, tant que ce Batman n’a pas mis le doigt dans l’engrenage compliqué de sa psyché, rien ne peut avancer. C’est ce que la Bat-Family va se charger de lui faire comprendre.

En acceptant Dick comme fils d’adoption, il reprend possession de sa généalogie.

Batman et Robin batmobile

Première sortie en famille.

Par la même occasion, il accepte Alfred comme père de substitution. Il accepte d’avoir besoin d’aide face à ses ennemis et ses démons intérieurs. Et il parvient à accepter qu’il a le droit de ressentir. Un personnage secondaire du film lui dit qu’il n’est pas un méchant comme les autres, mais qu’il est un gentil très étrange aussi.

Voilà avec quoi Batman/Bruce Wayne doit composer. La complexité d’un monde et d’émotions qu’on ne peut – et qu’on ne doit – pas contrôler.

Conclusion

The LEGO Batman Movie est un héritier digne de Batman. Le film marche sur des œufs constamment, tiraillé jusqu’à la névrose par sa promesse d’être un film LEGO et un film Batman.

The LEGO Batman Movie est en quelque sorte le Batman lui-même. C’est un orphelin touchant, puéril qui cache sous des atours mondains de drôlerie et d’hyperactivité, sa vraie richesse. Voici une vision foncièrement originale et intéressante du personnage, par sa drôlerie, ses propositions et enjeux dramatiques personnels. Voici l’expérience émotion et META que l’on n’attendait pas et que l’on a eu quand même. Parfois, ça atteint ses limites, lorsque par exemple une vanne à deux niveaux dit involontairement une troisième chose. Mais ne serait-ce pas cruel de le juger sévèrement pour ce trait trop humain ?

Alors, allez vous marrer, vous détendre, passer un moment entre amis ou en famille. Si pour devenir un vrai Héros, il faut une Équipe, devenez un Héros.

Et Merci pour ça.

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Vainqueur du Prix Nobel, il est, comme les causes du même nom, perdu au beau milieu d'Internet, sur un radeau. Autant dire que pour lui, dans la vie, ça rame.