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Ninja Turtles 2 : Plus c’est con, plus c’est bon ?

Ninja Turtles 2 : Plus c’est con, plus c’est bon ?

Les 4 Adolescentes et Mutantes Ninja Tortues (marines) reviennent surfer avec un certain style sur nos écrans de cinéma. Deux ans après la mouture Nickelodeon Movies, assurée par Jonathan Liebesman, nos Ninja Turtles veulent sortir de l’Ombre…

 

Avant-Propos

Difficile de croire que c’est avec ce 2e volet que les chéloniens frangins souhaitent sortir de l’ombre lorsqu’on regarde les scores de Ninja Turtles. A savoir : environ 500 Millions de Dollars. C’est pourtant le sous-titre prévisible apposé à ce métrage qui semble mettre les gens d’accord : Il est meilleur que le premier. Voyons un peu ce que ça raconte.

 

Traitement Moderne, Nature Tordue ?

 

(D’avance, oui, les sous-titres auront tous pour sigle TMNT)

Pour ceux du fond qui ont déjà décroché, ou qui l’ignorent, on cause de TMNT : OotS parce que les Tortues Ninja sont d’abord un comics parodique et Noir créé par Kevin Eastman et Peter Laird en 1984, lors d’une soirée pizza-bière. Et relancé par IDW en 2011 dans un tout nouveau run, tenu par Eastman lui-même. Et ça, c’est beau. Et ça, ça en dit beaucoup sur la vision qu’a le créateur de son bébé.

Tartaruga Brothers Van

Je lis un peu partout la supériorité artistique et cinématographique de Out of the Shadows sur Teenage Mutant Ninja Turtles. Celui de 2014, restez accrochés. C’est pas très grave, c’est pas la première fois que je lis n’importe quoi sur la toile.

Ceci dit, je trouve ça navrant, parce qu’en fait, le film n’est pas meilleur globalement, il est juste plus proche de la volonté du public. Je me souviens très clairement – et un passage sur n’importe quel site de critique de cinoche vous le dira – des remarques que s’est bouffé Ninja Turtles (titre français) à sa sortie et tout au long de son exploitation en salle.

Déjà, c’était catalogué « laid » dès les premières images du nouveau design des tortues, ensuite, c’était un peu trop violent (quoi ? sérieux ?), sans oublier que c’était trop pour les gamins, plein de vannes de prout et Megan Fox était uniquement là pour être sexualisée (j’ai compté, les gars, y a UNE vanne de pet et UNE image qui sexualise Megan Fox, hyper assumée et même tournée en ridicule dans la seconde, le reste de l’humour est basé sur de la référence pop culture et du comique de situation) et enfin, c’était trop Transformers. Bon, bon, bon. Je ne vais pas rebondir sur tout et évidemment, le film avait plein de défauts. Mais déjà, toutes ces critiques se contredisent, ou bien sont du produit de la mauvaise foi, et pas du genre demi-écrémée.

Je suis sûr que la plupart d’entre vous regardent Le Joueur du Grenier. Je vais donc gentiment vous demander d’aller voir, si ce n’est déjà fait, son Hors-Série Spécial Tortues Ninja. Allez, faites-le. Je vous attends. C’est pour votre culture. Et ensuite, vous avez la possibilité de vous faire la critique de Secret of The Ooze de Mr Meeea.

 

Bon, maintenant que c’est fait, vous allez comprendre que je fasse référence au deuxième film de la première saga. Et en disant ça, j’en ai déjà dit beaucoup.

Les parallèles sont nombreux à faire entre ce reboot et la saga originale. Il semble que ce besoin d’offrir au nouveau public d’anciens héros réactualisés n’ait malheureusement pas fait avancer uniquement dans le bon sens.

 

Toutes Molles Nos Tortues ?

 

Ce que Ninja Turtles 2 fait mal, pour commencer, c’est un traitement infantilisant des héros dont une certaine maturité était posée dès le premier film. Alors, effectivement, ce sont des « Teenage », mais comme l’exprime lui-même Splinter, les scénaristes ont décidé qu’en fait, ils allaient entrer dans l’adolescence. « Vous n’êtes plus des enfants, vous vous apprêtez à devenir de jeunes adultes ». Bon, ça te met une petite claquouille à la puberté qu’ils étaient censés traverser et qui est une caractéristique intrinsèque aux personnages. Admettons, le changement n’est pas dérangeant, s’il est justifié et bien amené. Mais là, ça te flingue la mythologie qu’on t’a posée d’entrée de jeu dans les bases de la nouvelle saga.

Le traitement infantilisant est d’ailleurs clairement une part de la mise-en-scène, qui t’affiche, comme dans une vieille sitcom toute moisie ou un dessin animé pour attardés, des bandeaux nominatifs. Je cite : « Léo Le Leader », « Raph Le Rebelle », « Donnie L’Intello » (ou « Le Cerveau », j’ai un doute, j’avoue) et « Mikey Le Bogoss ». Voilà, voilà, les gars, vous pouvez prendre votre sac, c’est tout pour aujourd’hui, on s’appelle on se boit un cocktail à l’occasion et je vous laisse ma femme.

Et c’est le principal défaut du film. En fait, c’est celui dont découlent tous les autres. En traitant ainsi les personnages, on ouvre la porte à certains problèmes. On modifie la dramaturgie du film, ce qui pose forcément un scénario avec de belles envies et de bonnes propositions, mais aux effets inefficaces.

Les Quatre Frères préférés des grands gamins que nous sommes ne s’adressent plus entre elles que comme des gosses, se prenant soit trop au sérieux, soit pas du tout. De ce fait, les relations sont toutes superficielles (là où la scène de l’ascenseur du premier film explicitait, sans un mot et en moins de deux minutes la complicité et le lien qui unit les Tortues) et les échanges ne mènent à rien.

Ninja Turtles Elevator

Mikey : passe un peu plus de la moitié du film à ne pas comprendre. Ni ce qu’on lui dit, ni ce qu’il se passe. Et à faire des interventions qui ne sont là que pour le comic relief. L’autre moitié, il est vecteur d’un semblant d’émotion. Quand il est sur sa planche, il a la classe. C’est l’enfant hypersensible du groupe.

Donnie : sert le techno-blabla-incompréhensible-mais-cool et met au point des inventions qui cassent des carapaces. Dont un boken-téléscopique-taser. Et il a une manette de Super Nes sur l’avant-bras droit.

Léo : c’est le Leader, le grand frère. Il se sent responsable. Il ne sait pas comment arriver à faire de sa famille son équipe. Et en fait, c’est sa seule problématique. S’il y avait un test de Bechdel de la famille, Léo échouerait.

Raph : Waw, pour changer, Raph fait la gueule, vit mal sa situation de Tortue-Géante-que-le-monde-n’est-pas-prêt-à-accepter et il est rentre-dedans. En fait, c’est presque le plus intéressant, parce que c’est le plus nuancé. On en apprend un peu plus sur sa sensibilité, ses peurs, ses doutes. Ce que sa réplique de fin du premier film mettait aussi un peu en lumière. Bref, il est la preuve que tout n’est pas raté dans ce film. Hourra, bordel.

Ce Ninja Turtles 2 adressé clairement aux enfants, prive les autres d’un intérêt solide pour le film. Ses axes dramatiques tournent autour de thématiques bien connues et largement traitées dans les films pour enfants : l’envie de grandir, le besoin de se sentir accepté pour ce que l’on est et les forces du groupe en tant que structure de mise en exergue des individualités. Bon, c’est un peu pompeux comme formule, mais je ne voyais pas trop comment être plus clair et plus simple. Le bon point : ces messages foncièrement positifs donnent quelques instants émotions bien faits. Et puis, malheureusement, l’acceptation de l’autre c’est d’actualité comme jamais.

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Mais comme à l’époque de Secret of the Ooze, le film perd en « On-en-a » ce qu’il récupère en fun décomplexé et puéril. Il devient encore plus Tout Public, très imaginatif dans les scènes de combats quasi-inexistantes. Ces scènes enchaînent gags, galipettes étrangement stylisées et morceaux de bravoure tout numérique techniquement maîtrisés et SUPER fonctionnels. Merci à un sens du rythme efficace et de cadres futés. Notamment les jeux de plans serrés en grand angle pour déformer et rendre dynamiques les cascades. Out of the Shadows reste supérieur à SotO, parce que mieux foutu à tous point de vue et plus proche de Ninja Turtles que SotO l’était de son prédécesseur.

 

Transformation du Modèle Numérique Troublante

 

Je crois en revanche que seules les plus mauvaises langues pourraient critiquer tout l’aspect technique du film. Ninja Turtles 2 bénéficie d’une Direction Artistique dingue. Riche, fourmillante, vivante et surtout d’une cohérence exemplaire. Là où le premier oscillait entre préchi-précha japonisant et techno-bidules, cet opus adopte complètement sa culture Américaine.

 

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La Mocap est terrifiante d’efficacité. Le nombre de micro-expressions perceptibles rend les tortues vivantes comme jamais. Et les autres aussi. Dommage que l’on ne voit pas Splinter plus souvent, parce qu’il est lui aussi techniquement bien plus impressionnant.

Cette maîtrise de l’outil permet des folies de mise-en-scène. Dans le désordre :

  • La fameuse scène, vue pendant la promo, du tank dans le fleuve au Brésil. C’est de la pornographie technique. Légèrement moins bien exécutée que la scène de la descente dans la neige du premier, mais extraordinaire.
  • L’importation du Technodrome, façon puzzle 3D flottant au-dessus de New-York. Ultra complexe, ultra riche, ultra bandant pour tous les gosses.
  • Chaque fois que Michelangelo se sert de sa planche. Que ce soit en chute libre en sautant d’un avion ou en looping dans ledit Technodrome.

Et encore bien d’autres. Pour les gens qui aiment voir des choses bien faites, Ninja Turtles 2 sera un régal.

La production, consciente de son absence de limite a mis le paquet. Entre les frangins, Splinter, Kraang et Bebop et Rocksteady, on en prend plein les mirettes.

Ces derniers sont d’ailleurs le nouvel argument marketing du film. Et c’est dommage, aussi bien faits et interprétés soient-ils, ils sont symptomatiques de ce qui ne fonctionne pas.

 

Bebop and Rocksteady

Tu te Moques de Nous, Tonton ?

 

Et là, je vous jure, ça me fait mal de le dire, mais s’il fallait se rapprocher d’un dessin animé, c’est pas celui de 1987 qu’il fallait choisir. Pour les raisons évoquées plus haut.

Le ton est particulièrement puéril. Mais ça n’excuse pas les débilités. Bon, chercher la cohérence dans un truc avec en star des Tortues Mutantes géantes c’est pas une idée de génie. Mais ça se tenait un minimum, au début. Faites au moins semblant, les mecs. On simplifie tout à l’excès, par ruse scénaristique, et par didactisme. Comme le public moyen sera pré pubère, faut rester limpide.

Et comme les méchants sont des animaux dégueux, on va les rendre débiles pour pas qu’ils soient inquiétants. Le seul qui a ce droit-là, c’est le Commandeur Kraang. C’est déjà ça.

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Mais par contre, c’est vraiment sale. Très vivante, la sale bestiole suinte, l’inertie du moindre de ses mouvements agite ses tentacules, fait couler de la bave. Et ça c’est rassurant pour un boss de fin, parce qu’au moins il rattrape les erreurs globales de la rogue gallery.

On y trouve Baxter Stockman, scientifique talentueux et maléfique-pour-enfant. Il fait des rires maléfiques. Il établit des plans maléfiques. Il gesticule maléfique. Il tapote ses doigts entre eux de manière maléfique. Bientôt, le type va faire ses courses chez Dia de manière maléfique.

On retrouve également Shredder, le type qui n’a pas de vrai nom. Non, non, aucun. Juste Shredder. L’acteur de base (Tohoru Masamune) était grand et impressionnait. En tout cas, il était mis en scène pour l’être. Et pour tenir un semblant de mystère. Là, c’est Brian Tee, du haut de son mètre 80 qui s’y colle. Pas si petit, mais tellement engoncé dans son costume mal taillé et mal filmé qu’on dirait un nabot tout le long.

Shredder Ninja Turtles 2 Brian Tee

En plus du reste, Shredder ne sert à rien. Il ne se bat pas, il fuit, il utilise Baxter, puis le trahit et l’enferme, puis se tire, puis se fait utiliser par Kraang et se fait enfermer. Glacé dans une sorte de prison où Kraang entrepose déjà des centaines (milliers ?) d’être vivants. Je vous dis, heureusement qu’il y a Kraang et son exosquelette, sinon y aurait rien à se mettre sous la dent.

Mais le Pompon, c’est les deux glandus qui le tirent. On reprochait au premier film des vannes de Prout ? Bebop et Rocksteady vont vous en servir à l’envi. Ah ! Et un petit plan sur un sourire du plombier, pour la 12. C’est étrange que les mecs aient survécu dans le milieu criminel jusqu’ici. On a besoin de mutants pour affronter les Tortues ? Ok, on prend ces deux gros boulets. Et par une mauvaise excuse de scénario, ils deviennent Rhino et Phacochère. J’y reviens dans pas longtemps. Pas particulièrement dangereux parce que pas particulièrement intelligents, mais particulièrement forts. Leur truc, c’est de casser des trucs, justement. Et sinon ?

Rocksteady rocks the place

Sinon, on retrouve les Guerriers Foot. Et comme tout le monde s’est plaint, dans ce film, ce sont des Ninjas avec des sabres. Voilà. C’est vrai qu’un gang qui utilise des armes à feu, dans notre monde, c’était trop bizarre. Ces cons-là sont pas foutus d’opposer une quelconque résistance aux Tortues. Ceci dit, maintenant que l’on sait que les Tortues sont pare-balles (et c’était Badass, de ouf) autant changer de méthode. Ok, un point pour toi, film.

 

Touchants Mutants, Nos Tortues ?

Heureusement, les Ninja Turtles ont des alliés aussi. On va passer vite là-dessus.

 

Vernon Fenwick : Ancien collaborateur d’April. Il a passé un accord avec les Tortues et a pris la responsabilité de la défaite de Shredder dans le 1. Une bonne raison de faire des vannes sur lui, de lui souffler des boulettes de papier au visage (rigolez pas, on voit vraiment ça). Bref, c’est un héros aux yeux de New-York. Et on va lui filer les clés de la ville. Set-Up.

Casey Jones : Un maton, à priori demeuré. On sait pas trop. Mais il a envie de devenir un vrai flic. Mais on se moque de lui parce que c’est un grand gamin. A un moment, Splinter lui fait une prise trop stylée. Dommage, c’est le seul moment où Splinter fait un truc stylé dans le film. Et sinon, Casey, des fois, il enfile un masque de hockey. Et il casse des gueules. Mais pareil, il fait deux trucs cools dans le film. Et après, il est là pour faire rire. Et rajouter une romance à April. Putain.

April O’Neil : la grande sœur. C’est la Frangine plus bonne que la plus bonne de tes copines. Fort heureusement, c’est pas lourdement mis en avant. C’est surtout en tant que pilier de la famille et de l’équipe qu’elle joue. Elle est tenace, elle court vachement bien en talons, et elle est prête à mettre sa vie en danger pour ses petits protégés en carapace. Une vraie frangine, je vous dis.

Casey Jones April Oneil Ninja Turtles 2

Et dans les alliées et opposants inattendus, il y a le Sérum. Celui qui transforme Bebop et Rocksteady. La mauvaise excuse de scénario. En gros, on a des gènes animaux. Le sérum les fait ressortir et nous fait muter. Les Tortues mettent la main dessus. En pleine crise identitaire, la question se pose : peuvent-elles devenir humaines ? Peuvent-elles enfin être acceptées par notre monde ? Il se trouve qu’après quelques manipulations, Donnie commence à avoir des résultats. Léo préfère taire l’information. Mikey entend ça d’une oreille et va le répéter à Raph. Et ça s’engueule. Mais ça prend pas longtemps, parce qu’il faut partir en mission. Et avec une triste conclusion. Les Tortues sont une famille, mais pas encore une équipe.

La morale, après deux heures de course-poursuite et une victoire c’est que c’est normal de douter de soi, qu’il ne faut pas chercher à porter tous ses fardeaux seuls. Que d’autres sont là pour nous aider. Que nos responsabilités peuvent être partagées. Que dans la collaboration, on est plus forts. Mieux préparés face à l’adversité. La morale, c’est que ce que nous sommes n’est pas ce que l’on attend de nous. Ce que nous sommes, c’est ce que nous avons à offrir. Et que c’est le bien le plus précieux.

 

Conclusion :

Mais qui sont ces gens ? Loin d’être un raté sur toute la longueur, ce Ninja Turtles 2 n’est pas supérieur à son ainé. Même si la technique le surpasse (et en 2 ans, la technologie utilisée a fait un bond incroyable, c’est indéniable) le reboot avait pour lui une vraie gueule et une identité plus juste, toujours dans le clin d’œil et l’appel du pied gentillet. Mais encore une fois, le syndrome Transformers 2 nous met une carotte. Public et critiques n’ont fait que râler : c’était pas « les vraies tortues ninja » à base de « je suis un vrai fan » et de « dans le dessin animé c’était pas comme ça ». Voilà l’antithèse que ça te pose, mon pote.

Résultat, on leur a servi la soupe qu’ils demandaient. Un truc plus proche du dessin animé. Zéro enjeu, vanne non-stop, persos creux et séquences de combat  – passez-moi l’expression – perraves. Comme en 1991, on a voulu faire pour les enfants après un premier épisode de bonne tenue. Du coup, il n’y a bien qu’eux pour ne pas voir les fêlures dans la carapace d’une œuvre pourtant fourmillante de qualités plastiques. Parce qu’eux, ils auront ri. Et eux, surtout, ils verront la morale et auront envie de devenir meilleurs.

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Vainqueur du Prix Nobel, il est, comme les causes du même nom, perdu au beau milieu d'Internet, sur un radeau. Autant dire que pour lui, dans la vie, ça rame.