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Pourquoi tout le monde a détesté BVS (Et pourquoi tout le monde a tort !)

Pourquoi tout le monde a détesté BVS (Et pourquoi tout le monde a tort !)

Reprenons depuis le début. Batman V Superman : L’Aube de la Justice (ou BvS : DAJ pour les intimes) est sorti le 23 Mars 2016 en France, et aux alentours de cette date un peu partout dans le monde.

Au programme : Choc des Titans, Mythologie post-moderne, Rencontre au sommet de deux monstres de la pop-culture, réalisation de Zack Snyder qui va forcément mettre le seum à tout le monde, musique Rococo, montage dense mais charclé et gourmandise trop sucrée pour les néophytes.

C’est ainsi qu’en quelques heures, le film a (très fugacement) flirté avec le haut du tableau, de son petit 100% sur Rotten Tomatoes pour très vite retomber. A l’heure où j’écris ces lignes, le jugement annonce 28%.

Attention, ça spoile et c’est long.

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BvS : Naissance et Damnation des Héros

On ne sait plus quoi faire, lorsque l’on a envie de parler de BvS (pour le reste de l’article, il sera fait référence à Batman v Superman : L’Aube de la Justice sous cette appellation) avec tout ce qui s’est déjà dit, tout ce qui a été écrit et tout ce qui continue de se vomir. Une gestation pénible et chaotique, des réécritures à tour de bras, un combat artistique et créatif de chaque instant. Voilà bien des raisons pour que le film soit un échec complet. Alors, me direz-vous, il est normal que tout le monde ait détesté BvS puisqu’il a tout pour être une bouse. Sauf que, et un peu d’observation vous permettrait de vous en rendre compte, la hype dont semble bénéficier chaque sortie Marvel Studios a ici été transformée en son contraire, et les gens ont petit à petit tous allègrement voulu déposer des fleurs devant la tombe d’un film qui n’était même pas encore né. Et encore, les fleurs, c’est dans le meilleur des cas.

Et surtout, quel dommage, BvS est un film imparfait, certes, mais quel film ne l’est pas, et qui surnage largement au milieu de cette mer de films à-la-Marvel.

Pourquoi donc ?

Parce que, déjà, on a confié sa réalisation à Zack Snyder, un mec qui reste un jeune réalisateur, mais un mec qui a une véritable vision et qui, que vous le vouliez ou non, tente de tenir un propos et essaie d’aborder des thématiques dans ses films. Sur l’aliénation (Sucker Punch et BvS), sur l’impuissance de l’Homme face à ses contradictions (Watchmen, Dawn of the Dead et Sucker Punch) et face à ses divinités (Man of Steel, Watchmen, BvS), et notamment sa relation à la croyance (Le Royaume de Ga’Hoole, Sucker Punch Watchmen et BvS entre autres) ou encore, la ré-humanisation du père, héros déchu (Dawn of the Dead, Le Royaume de Ga’hoole, Watchmen, Man of Steel et OH ! BvS). Des thématiques, il y en a bien d’autres et leur traitement peut être maladroit, mais elles sont présentes.

 

Le Bat, de Gotham

batfleck

Une vision disais-je, qui est confirmée par un point tout simple et que l’on comprend dès les premières minutes du film : la filiation. Ce n’est pas par hasard si cette Origin Story, que l’on nous raconte une énième fois, fait certains choix.

Premier choix : Thomas Wayne est joué par Jeffrey Dean Morgan, que l’on associe chez Snyder à Watchmen, et à son interprétation fiévreuse et névrotique du Comédien. Laissez-moi voir un instant, si à tout hasard il y aurait un rapport. Ah bien oui, tout à fait. Le Dr Wayne est mis de côté tout au long du film, on évite soigneusement de prononcer où de montrer son nom et pourtant il s’est battu. Pour défendre femme et enfant ? Pas si sûr, il meurt sans un égard particulier pour le fils, ses derniers mots étant destinés à sa femme, Martha. Est-ce que ça veut dire que c’est un mauvais père ? Non. Mais déjà à cet instant, il introduit un pilier de la narration du film, facteur de névrose et de repentance. Dans Watchmen, Le Comédien est un père absent et incapable. Il n’a pas élevé Laurie, pour diverses raisons, et finit par le regretter, mais au-delà de ça, il tue une femme qu’il a mise enceinte au Vietnam, donc pendant les combats. Le parallèle se fait ?

Deuxième choix : le jeune Bruce Wayne ne sort pas du Masque de Zorro comme certaines versions l’expriment, mais du film Excalibur, ou encore le conte d’un orphelin destiné à de grandes choses (à devenir roi, hein, rien que ça). Un conte où cette grande destinée (à savoir trouver le Graal) n’est jamais pleinement accomplie et où la quête vire à l’obsession. D’entrée de jeu, ce que cela signifie, c’est que Batman comme on va nous le présenter n’est pas le grand vengeur héroïque et badass que l’on espère, il est avant tout un humain rongé par ses objectifs, qu’il ne peut réaliser in fine, un homme à qui l’on a confié une trop grande tâche et qui, dans son obsession a fini même par user ses plus valeureux alliés et tordre ses valeurs, pour devenir aussi dur que ceux qu’il affronte. Entre l’héritage de Rorschach et du Comédien, tiens donc.

Un Batman qui s’annonce (et s’annonçait clairement depuis un moment) très différent de celui de la Trilogie de Nolan. Que l’on aime ou pas cette Trilogie, la question ne se pose pas, les Timelines se contrarient et les volontés d’auteur se contredisent. Pour preuve : Batfleck et Baleman-Rises sont deux Batman d’âge très proches. Sauf que dans leur univers particulier, l’un a perdu Jason Todd (le second Robin) et l’autre pense avoir accompli son essentiel. L’un est un tableau classique (celui de Nolan), l’autre est une œuvre résolument baroque (celui de Snyder). Ce Batman-ci est l’occurrence la plus clairement empruntée au Comics. Aussi bien dans son traitement grandiloquent que dans sa scénographie (sa façon de bouger, son costume sauce The Dark Knight Returns, un Alfred plus en retrait mais plus pinçant qu’à l’accoutumée, son vrai modificateur de voix, etc.) Un Batman plus mythologique, plus dramatique. Un Batman tellement mythologique, qu’il n’est pas ou peu nommé Batman, mais en revanche, il est The Bat, From Gotham, comme si sa filiation humaine devait se dissoudre à la lumière de ses exploits, pour devenir le Demi-Dieu capable d’affronter le Dieu Kal-El, From Krypton, raised in Smallville, Kansas.

 

L’Homme d’Acier

Superman bvs dia de los muertos

Du côté de Supes, la saveur n’est pas la même, la plus grosse partie de son écriture et de ses dilemmes moraux a été posée dans MoS et peu importe ce qu’on pense de la qualité de ladite écriture (cette histoire de Loïs qui tombe a une explication dramatique très claire et rien qui ne la contredise foncièrement d’un point de vue scientifique), BvS se situe dans son univers, et ainsi, elle fait foi.

Superman a depuis eu droit à une statue à son effigie, montée à la va-vite sous le coup de l’enthousiasme post-les-événements-de-Metropolis, car, et on le sait, l’Amérique adore les symboles auxquels s’accrocher et elle aime aussi revenir sur ses décisions. Par ailleurs, cette statue est clairement là pour servir de fusil de Tchekhov.

Kal-El passe d’ailleurs beaucoup de temps à s’interroger sur ce qu’il est, s’il doit arrêter, s’il n’apporte finalement pas plus de mal qu’il n’arrive à faire de bien. Et puis il y a Lois et les gens qui lui sont proches qui, peut-être, l’éloignent de la Justice qu’il souhaite délivrer, une Justice dont il décide lui-même les codes, les valeurs, la morale. Le monde est donc suspendu au bon vouloir d’un Homme seul, surpuissant, un étranger, élevé parmi nous, que son destin a rendu meilleur. Ou tout du moins, plus capable. En gros, ça reste du Superman, quoi. Oui, mais non. Pour éclairer certains points, j’aurais pu décrire de la même manière le Dr Manhattan, aliéné par excellence des films de Snyder, qui en plus est jugé coupable du Cataclysme de fin de Watchmen. Le parallèle est assez clair, là aussi. S’ajoute à cela un arc narratif monté en croisé. Bruce Wayne/Batman agit avec une ferveur et une fièvre de tous les instants qui le poussent dans l’action, tandis que Superman est dans la réaction, il ne prend finalement comme décision que celle d’enquêter sur Batman, dont il semble découvrir l’existence. On y reviendra.

 

Où l’on cause de Divergences

Le film se vend comme l’affrontement de ces deux Légendes de notre culture. Et on lui reproche, entre autres, la brièveté du combat. Soyons clairs d’entrée de jeu, c’est une erreur – grossière – de communication, mais comment peut-on sincèrement espérer voir Batman tenir tête à Superman plus de 5 minutes ?

C’est pour ça que l’histoire se construit en oppositions.

BVS

C’est pour ça que Clark Kent et Bruce Wayne sont en confrontation dès leur première rencontre. Beaucoup ont reproché à l’écriture de BvS de se foutre des gens en mettant en doute, par le biais des mots de Clark, les agissements violents de Batman. Sous prétexte que lui a fait des milliers/millions de morts, il n’a pas le droit d’interroger les actes d’un psychotique potentiel (et avéré, faut pas rigoler avec ça, le mec se déguise en chauve-souris et tabasse des gens). De prime abord, c’est ne pas se rendre compte que justement une grosse partie de l’arc narratif de Superman traite de sa culpabilité et de son incapacité à avoir géré cette situation dramatique. Mais également, c’est ne pas saisir de quoi il en retourne vraiment : Le Choix. C’est Le Choix qui fait l’Homme.

Superman a subi, parce qu’il était dépassé par le nombre, par la force, par la maîtrise martiale de ses adversaires. Superman a pêché par manque d’expérience. Et en quoi est-ce un pêché ?

Batman, quant à lui, a pêché de trop d’expérience, d’usure. Il a pêché de la peur de ce qu’il savait capable d’arriver.

Mais dans les faits, les deux font les mêmes erreurs, de façon ironique. Superman, dans son humanité doit bien provoquer la mort de certains (le terroriste qui passe 4 ou 5 murs, il doit pas être bien frais à l’arrivée) parce que porté par ses sentiments pour Lois, dans le cas présent. Batman, quant à lui, provoque sûrement quelques morts. Soyons clairs : Batman a déjà tué auparavant, et le Batfleck s’inspire de ces itérations fascisantes honorées par Frank Miller avec TDKR. Dans BvS c’est par le Choix de la négligence. Il ne cherche pas clairement à tuer (on ne le voit pas tuer des gens) : mais il ne s’en soucie plus, parce que des choses bien plus graves se préparent.

Des choses qui lui sont glissées par le truchement d’hallucinations. Ou bien sont-ce des visions ? Ou des rêves ?

Là encore, une opposition. Superman voit Jonathan Kent lui prodiguer de bon conseil, et lui envoyer un message d’amour. Batman ? Il se retrouve dans un étrange délire Steampunk, sur une planète desséchée, avec des volcans en éruption constante et de larges tranchées dessinant dédales et arabesques au sol. Ne nous mentons pas, les lecteurs de comics auront tout de suite compris, il voit Apokolips.

Quand soudain, on comprend, au petit « Hope » Kryptonien (le “S” pour ceux qui suivent pas) brodé sur les tenues militaires qu’on est dans un monde où la Timeline Injustice a eu lieu et où la Ligue de Justice est probablement divisée (ou pour les gens qui ont grandi devant Fr3 et le Dessin Animé JLA : un Superman proche de celui des Seigneurs de Justice), avec Supes devenu un tyran et un Batman renégat qui organise une résistance.

Quand soudain, les Paradémons. Je pense qu’on est difficilement plus clairs sur ce qu’il y a à l’écran.

Quand soudain, Wayne se réveille dans la Batcave et un type dans un portail fait d’énergie qui dérègle les appareils électriques lui lance un message étrange, annonciateur de drame et un peu opaque. Le code couleur et quelques connaissances basiques permettent de faire comprendre qu’on est face au Flash du Futur. Est-ce qu’il utilise la force véloce ou la technologie de Cyborg ? Peu importe.

Quand soudain, il se réveille à nouveau, mais tout est normal. En 3 minutes d’écran, on vient d’en mettre plein les mirettes du spectateur ; on annonce la fin du film, la présence des Meta-Humains, et Darkseid pour JLA. Visiblement la critique et le public semble ne pas s’en satisfaire.

 

Brouillon de culture ?

Je vois que ça comme raison, à bien y réfléchir, pour que le film se fasse lyncher en place publique : sa densité. Pour une fois, non, ce que l’on vous sert n’est pas de la bouffe pour bébé, ce n’est pas prémâché, ce n’est pas constamment rabaissé à du vulgaire divertissement bas-de-masse qui réduit à néant ses enjeux dramatiques à base de vanne pour ados (oui, Marvel Studios, c’est à toi que je parle).

Dans ce que les gens appellent « illisibilité » je vois quelque chose qu’on nomme « ambition ». Ambition narrative, ambition de mise-en-scène, ambition de changement.

C’est assez simple pourtant de comprendre que la Genèse même du film ne pouvait que rendre tout complexe. Ce n’est pas une excuse aux défauts du film (et il y en a) mais ça donne une sacrée force à ses qualités et à la façon dont se tient le film.

DC v Marvel

Ça doit bien faire 10 ans que l’on mange au cinéma un film par an qui cause de super-héros. La différence notable de ton et de volonté artistique entre les productions DC et ce qui sort des fours Marvel a fini par marquer l’environnement ciné super-héroïque.

A l’avantage de Marvel, puisque leur production est facile d’accès, tout public, aborde des sujets légers et quand ils sont graves (au hasard la situation au Moyen-Orient, chez Iron Man) ils ne sont pas vraiment traités, ou alors noyés sous le cynisme, le sarcasme ou les traits d’esprits trop malins. Comprenez-moi bien, les divertissements Marvel offrent du grand spectacle fun et décomplexé qui marche bien en tant que tel (c’est ce qui fait que chaque film engrange tant d’argent). Mais les films sont relativement vains, et à force de marcher sur les systématismes d’écriture auxquels Kevin Feige tient tant, ils se ressemblent tous, et semblent être des produits formatés, qui seraient simplement des épisodes d’une série télé, avec des budgets colossaux. Ça marche commercialement et tant mieux, car ça permet de se concentrer sur chaque personnage de manière spécifique, ce qui est une aubaine créative et artistique sans précédent. Chaque personnage devient donc un symbole pour son univers proche, il peut se développer dramatiquement et revenir grandi sur la Timeline Globale. Ça ne rend malheureusement pas Avengers ou sa suite Age of Ultron plus lisibles ou meilleurs en tant que tels. Sans avoir vu la moitié des films individuels, les films se regardent parce qu’ils ne tentent rien d’autre que d’écrire une histoire goût Pop-Corn. Ça nécessite une nombre de poncifs assez élevé les personnages sont justes posés là, des types et une nana braves qui cassent du méchant sans poser d’enjeu dramatique ou de personnalité particuliers. Ils sont tous forts dans leur domaine et ils font des vannes parce qu’en plus d’être beaux et forts, ils sont intelligents. La problématique n’est pas du tout la même.

Chez DC, poussés par la furie Avengers, on s’est dit qu’il fallait changer de méthode. Et faire leur JLA, parce que rien ne peut éclater Avengers sauf Civil War (bientôt présent sur le site) et l’équipe qui sauve l’univers du Joug omniscient et « apokoliptique » de Darkseid, la très célèbre Ligue de Justice d’Amérique. La classe ou pas, pélo ?

Sauf qu’on n’avait pas prévu ça aussi vite, qu’on voulait peaufiner et calibrer le Man Of Steel. Alors on a rajouté Batman, et on a voulu l’adapter à cette vision post-Nolan du Super-boyscout. Et finalement, on s’est dit que la Sainte Trinité au complet amènerait un souffle différent à ce pré-JLA. Comment faire ça ? En écrivant une intrigue intriquée, complexe et qui nécessite de prendre son temps. D’où cette fameuse heure et quart de début de film qui pose les enjeux, certaines relations, une esthétique et un univers. Vous vous rendez compte ? Vous allez au cinéma pour voir une histoire de Super Héros, et on vous colle 1h15 d’histoire. Non vraiment, ça craint. Ah, on me dit qu’il y a des Super Héros quand même. Ça craint pas tant, en fait.

Oui, on sait, le montage s’est fait charcler, comme chaque fois, parce que Snyder a cette sale manie de vouloir faire des films fleuves, de plus de 3h, parce que même quand ça le dépasse, il aime ses personnages et veut parler d’eux, mais c’est pas très tout public comme format. Donc forcément, ça implique des coupes. Qui dit « coupes » dit « on n’a pas le temps de prendre le public par la main et de tout lui expliquer ». Si le premier Avengers n’avait pas été préparé, le film aurait eu un peu le même goût. Et là où Marvel a décidé de créer une Mythologie Cinéma particulière (et qui fait rager les puristes, bien souvent, alors que le souci n’est pas tant que ça ne respecte pas le Comics mais que ça ne se tienne pas en soi), DC souhaite désormais que son Univers Cinématographique soit aussi romantique que son Univers Papier. Il n’est donc pas simplement référencé et référentiel, mais clairement dépendant de son esthétique, de ses arcs narratifs. Il se veut un portrait à l’huile esthétisé, pleine de symboles s’éloignant petit à petit de la froideur mécanique et réaliste de Nolan.

La profondeur même de DC est très loin de ce que Marvel tente de faire, puisque Superman est le tout premier Super-Héros et qu’il est un pot-pourri de symboliques, de volontés artistiques et thématiques. Je veux dire, personnellement, je supporte pas ce type, mais il pose des questions sur notre culture et notre société, notre rapport à nos religions. Dans le comics l’un des axes d’écriture de Superman, par exemple, c’est sa faiblesse face à la Magie, et son incompréhension de cette puissance qui vient d’un autre monde que le nôtre et pour laquelle il a une réelle curiosité scientifique. Nous le voyons comme une métaphore et une interface vers la divinité et lui nous voit comme une interface entre son caractère d’étranger et le propre de son humanité. Voilà pourquoi le Batman l’amène à se poser des questions. Pourquoi un homme seul, un Mortel comme les autres qui plus est, se lance-t-il dans ce combat contre des forces qui le dépassent, le transcendent, le détruisent ? Pour les mêmes raisons que lui : par devoir, pour devenir meilleur aussi. Pour justifier de son humanité et de ses failles. Ainsi, on y est revenu, et la boucle est bouclée. C’est beau, putain.

Et Snyder montre tout ça, mais ses créations sont des adaptations qui se nourrissent de leur monde originel et de toute leur mythologie, en se les appropriant. En clair, sans la culture suffisante, les version cinémas des films de Snyder sont parfois trop peu accessibles (regardez Sucker Punch en Director’s Cut, et Watchmen en Version Ultimate pour piger les différences thématiques et narratives). Mais n’est-ce pas comme ça que fonctionne le cinéma ? N’est-ce pas génial de devoir acquérir une culture fourmillante et passionnante pour comprendre toujours un peu mieux notre monde et nos produits culturels, plutôt que de les mater sans s’interroger et les consommer comme ta canette de Coca de lendemain de soirée ?

A l’écran comme à l’écrit

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Comme un regard rapide à la filmographie de Snyder vous le prouvera, le garçon est extrêmement influencé par ses inspirations. Pléonasme.

Sans un regard ou une connaissance certaine de l’univers dont il s’inspire, il peut paraître compliqué de saisir tous les tenants et aboutissants desdites œuvres, et peut-être que mon regard est influencé par ma culture et ma connaissance du médium. Je ne le nie pas. Mais peut-être aussi qu’à trop s’être laissé donner la becquée, on est devenus moins exigeants envers les films de Super Héros, ce qui peut expliquer la différence de qualité entre The Dark Knight et The Dark Knight Rises, entre la narration tragédienne des Spider-Man 1 et 2 de Sam Raimi et les 3 autres produits formatés par les studios, qui jouent bêtement leur carte fan-service et buzz. La différence entre Iron-Man et Iron-Man 3, les différences entre Avengers qui est simplet peut-être, mais qui a dû être réécrit à la va-vite à cause d’une fuite et a pour lui un excellent rythme et une technique impeccable, là ou Age of Ultron est un gloubiboulga numérique mal fini, qui cherche à brouiller les pistes sur certains événements dramatiques de façon lourdingue, désamorce d’autres pistes dramatiques intéressantes et qui finalement, s’est fait bouffer lui aussi par les studios, à cause d’un différend entre Whedon (et j’adore Whedon, ne vous y trompez pas) et Feige. Merci les mecs, on avait bien besoin de ça. Cet exemple était très long.

Alors, à force de perdre en exigence, on est beaucoup plus surpris quand une bonne surprise comme Les Gardiens de la Galaxie, Captain America : Le Soldat de l’Hiver ou, à tout hasard, Batman V Superman : L’Aube de la Justice sort semble-t-il, de nulle part avec son exigence narrative et/ou dramatique et fait monter le reste des attentes de ceux qui aiment voir des histoires et des personnages sur leur écran et non pas des histoires POUR les personnages.

Est-ce que BvS est complexe, riche et dense ? Oui. Est-ce qu’il est foncièrement dur à comprendre ? Non. Est-ce que sa galerie de personnages est énorme ? Nécessairement, parce qu’il amorce Lex Luthor, annonce la JLA, lance des miettes sur Darkseid et que si t’as vu la dernière Bande-Annonce (ou toutes les Bande-Annonce, parce que tu consommes comme ça), tu sais qu’il y a Doomsday. Est-ce que tu connais tous ces personnages ? Pas forcément, mais ça empêche pas Marvel d’avoir foutu Black Panther dans Civil War et de pondre un film sur Doctor Strange (et ça, ça m’enthousiasme tellement, sérieux !). Est-ce qu’avoir une connaissance de l’œuvre globale est utile ? Oui, tu comprendras à peu près douze fois mieux les petits détails disséminés et tu peux anticiper un des plans iconiques de la fin. Mais chut. Est-ce que Wonder Woman est utile ? Oui, elle se faufile, c’est le personnage qui est le plus proche du classique qu’on attendait, et elle casse de briques. C’est tout. Gal Gadot est le bon choix de casting (et je ne m’y attendais vraiment pas) qu’il fallait faire.

Le film se permet, il est vrai, un rythme Comics particulier, tout en ruptures, en saut abruptes et en pauses – et en poses – dramatiques. Parfois, ça peut nuire à la lisibilité, parce qu’on n’est pas sur le même médium et ce rythme a très certainement surpris tout le monde. Je parlais de Baroque plus haut. Ça, pour le coup, c’est quasiment Rococo, d’autant plus quand la musique est signée Zimmer et Junkie XL. C’est une obligation des studios, pour réduire le film. Mais on le sait d’ores et déjà, plus de 30 minutes supplémentaires seront disponibles sur le film pour la Maison. Au-delà de la violence évoquée pour les scènes coupées, on peut espérer des éléments narratifs clés pour satisfaire les râleurs.

Des rumeurs évoquent 15 montages ou encore un montage de base de 4 heures (source : Premiere). Imaginez un peu tout ce qui a dû être sacrifié à l’aune de la volonté du public. Imaginez un peu ce qu’un public différent (prêt à passer 4h dans une salle, à retrouver le temps d’une narration en ruptures, en temps mort, en introduction pure de personnages sur plusieurs axes) pourrait amener. Je ne dis pas que c’est la meilleure solution. Ce que je dis, c’est que dans le fond, le cinéma Pop-Corn a sa place. Mais que l’on ne peut pas reprocher à un film DC de ne pas être un film Marvel. Parce que, tout bêtement, on ne reproche pas à Manet de ne pas faire du Caravage.

 

Conclusion

Peut-être, finalement, que le souci principal de ce Batman V Superman : L’aube de la Justice est dû tout simplement à la Genèse du film, ultra-compliquée, entre petits coups de prods et gros coup de p***, coups de pubs et attentes gargantuesques du public ?

Pour toutes ces raisons, BvS fait figure d’OCNI (Objet Cinématographique Non Identifié), parce que la communication a vendu un autre film que celui qui avait été produit. Un film Marvel sauce pour-les-grandes-personnes alors que Snyder ne fait pas du divertissement Marvel, il ne voit pas l’action comme chez la concurrence, il ne met pas la violence ou les combats en scène d’aussi loin, il lui tient à cœur de rendre ça organique, de tenir au plus près de ses personnages, de les voir dans leur grandeur comme dans leur décadence. Dans leur sainteté comme dans leur folie et leur crasse. Dans leur bruit et dans leur fureur. Dans leur début et dans leur fin.

Et c’est bien dans son caractère unique, démesuré, auteurisant parfois que BvS s’applique à créer une vision différente du Film de Super Héros, Noire comme pouvait l’être Watchmen, organique comme pouvait l’être Ga’Hoole, bien loin des Buddy Movies sauce aigreur d’estomac auxquels le public s’est habitué en zyeutant de manière décomplexée (et pourquoi pas) chez Marvel.

Et si, derrière BvS se cachait enfin, prête à se lever, L’Aube de la Justice d’un genre cinématographique qui le mérite ?

 

Allez, maintenant, on se remate la dernière BA, on va (re)voir le film et je vous dis à tout de suite sur Twitter.

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Vainqueur du Prix Nobel, il est, comme les causes du même nom, perdu au beau milieu d'Internet, sur un radeau. Autant dire que pour lui, dans la vie, ça rame.